SARTRE, Huis Clos, 1944

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SARTRE, Huis Clos, 1944

Dénouement

GARCIN. — C’est pourtant vrai, Inès. Tu me tiens, mais je te tiens aussi. (Il se penche sur Estelle. Inès pousse un cri.)

INÈS. — Ha ! lâche ! lâche ! Va ! Va te faire consoler par les femmes.

ESTELLE. — Chante, Inès, chante !

INÈS. — Le beau couple ! Si tu voyais sa grosse patte posée à plat sur ton dos, froissant la chair et l’étoffe. Il a les mains moites ; il transpire. Il laissera une marque bleue sur ta robe.

ESTELLE. — Chante ! Chante ! Serre-moi plus fort contre toi, Garcin ; elle en crèvera.

INÈS. — Mais oui, serre-la bien fort, serre-la ! Mêlez vos chaleurs. C’est bon l’amour, hein Garcin ? C’est tiède et profond comme le sommeil, mais je t’empêcherai de dormir.Geste de Garcin.

ESTELLE. — Ne l’écoute pas. Prends ma bouche ; je suis à toi tout entière.

INÈS. — Eh bien, qu’attends-tu ? Fais ce qu’on te dit, Garcin le lâche tient dans ses bras Estelle l’infanticide. Les paris sont ouverts. Garcin le lâche l’embrassera-t-il ? Je vous vois, je vous vois ; à moi seule je suis une foule, la foule. Garcin, la foule, l’entends-tu ? (Murmurant.) Lâche ! Lâche ! Lâche ! Lâche ! En vain tu me fuis, je ne te lâcherai pas. Que vas-tu chercher sur ses lèvres ? L’oubli ? Mais je ne t’oublierai pas, moi. C’est moi qu’il faut convaincre. Moi. Viens, viens ! Je t’attends. Tu vois, Estelle, il desserre son étreinte, il est docile comme un chien… Tu ne l’auras pas !

GARCIN. — Il ne fera donc jamais nuit ?

INÈS. — Jamais.

GARCIN. — Tu me verras toujours ?

INÈS. — Toujours.Garcin abandonne Estelle et fait quelques pas dans la pièce. Il s’approche du bronze.

GARCIN. — Le bronze… (Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent… (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit.) Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres.

ESTELLE. — Mon amour !

GARCIN. (la repoussant) — Laisse-moi. Elle est entre nous. Je ne peux pas t’aimer quand elle me voit.

ESTELLE. — Ha ! Eh bien, elle ne nous verra plus.Elle prend un coupe-papier sur la table, se précipite sur Inès et lui porte plusieurs coups.

(...)

Plan du document

I. Un dénouement ouvert

A/ Une fin absurde (= absence de fin)

B/ Une ambiance décalée et sordide

C/ Un cycle interminable

II. Des personnages anti-humanistes

  1. Un tr...
  2. Des pers...
  3. Une viol...III. Une critique des hommesA/ La jal....

    B/ Bles...

    C/ Un trag...

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