MME DE STAEL, Corinne ou l’Italie, 1807

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MME DE STAEL, Corinne ou l'Italie, 1807

Mon père, vers la fin de l’automne, allait beaucoup à la chasse, et nous l’attendions quelquefois jusqu’à minuit. Pendant son absence, je restais dans ma chambre la plus grande partie de la journée, pour cultiver mes talents, et ma belle-mère en avait de l’humeur.

— À quoi bon tout cela, me disait-elle, en serez-vous plus heureuse ? et ce mot me mettait au désespoir. Qu’est-ce donc que le bonheur, me disais-je, si ce n’est pas le développement de nos facultés. Ne vaut-il pas autant se tuer physiquement que moralement ? Et s’il faut étouffer mon esprit et mon âme, que sert de conserver le misérable reste de vie qui m’agite en vain ?

Mais je me gardais bien de parler ainsi à ma belle-mère. Je l’avais essayé une ou deux fois : elle m’avait répondu qu’une femme était faite pour soigner le ménage de son mari et la santé de ses enfants ; que toutes les autres prétentions ne faisaient que du mal, et que le meilleur conseil qu’elle avait à me donner, c’était de les cacher si je les avais ; et ce discours, tout commun qu’il était, me laissait absolument sans réponse : car l’émulation, l’enthousiasme, tous ces moteurs de l’âme et du génie ont singulièrement besoin d’être encouragés, et se flétrissent comme les fleurs sous un ciel triste et glacé.

Il n’y a rien de si facile que de se donner l’air très moral, en condamnant tout ce qui tient à une âme élevée. Le devoir, la plus noble destination de l’homme, peut être dénaturé comme toute autre idée, et devenir une arme offensive, dont les esprits étroits, les gens médiocres et contents de l’être se servent pour imposer silence au talent et se débarrasser de l’enthousiasme, du génie, enfin de tous leurs ennemis. On dirait, à les entendre, que le devoir consiste dans le sacrifice des facultés distinguées que l’on possède, et que l’esprit est un tort qu’il faut expier, en menant précisément la même vie que ceux qui en manquent ; mais est-il vrai que le devoir prescrive à tous les caractères des règles semblables ? Les grandes pensées, les sentiments généreux ne sont-ils pas dans ce monde la dette des êtres capables de l’acquitter ?

Chaque femme comme chaque homme ne doit-elle pas se frayer une route d’après son caractère et ses talents ?

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