MAURIAC, Noeud de Vipères

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MAURIAC, Noeud de Vipères.

Voilà ce qui me reste : ce que j'ai gagné, au long de ces années affreuses, cet argent

dont vous avez la folie de vouloir que je me dépouille. Ah ! l'idée même m'est

insupportable que vous en jouissiez après ma mort. Je t'ai dit en commençant que mes

dispositions avaient d'abord été prises pour qu'il ne vous en restât rien. Je t'ai laissé

entendre que j'avais renoncé à cette vengeance... Mais c'était méconnaître ce

mouvement de marée qui est celui de la haine dans mon coeur. Et tantôt elle s'éloigne, et

je m'attendris... Puis elle revient, et ce flot bourbeux me recouvre

Depuis aujourd'hui, depuis cette journée de Pâques, après cette offensive pour me

dépouiller au profit de votre Phili1 , et lorsque j'ai revu, au complet, cette meute familiale

assise en rond devant la porte et m'épiant, je suis obsédé par la vision des partages, - de

ces partages qui vous jetteront les uns contre les autres : car vous vous battrez comme

des chiens autour de mes terres, autour de mes titres. Les terres seront à vous, mais les

titres n'existent plus. Ceux dont je te parlais, à la première page de cette lettre, je les ai

vendus, la semaine dernière, au plus haut : depuis, ils baissent chaque jour. Tous les

bateaux sombrent, dès que je les abandonne; je ne me trompe jamais. Les millions

liquides, vous les aurez aussi, vous les aurez si j'y consens. Il y a des jours où je décide

que vous n'en retrouverez pas un centime...

J'entends votre troupeau chuchotant qui monte l'escalier. Vous vous arrêtez; vous parlez

sans crainte que je m'éveille (il est entendu que je suis sourd); je vois sous la porte la

lueur de vos bougies. Je reconnais le fausset2 de Phili (on dirait qu'il mue encore) et

soudain des rires étouffés, les gloussements des jeunes femmes. Tu les grondes; tu vas

leur dire : «Je vous assure qu'il ne dort pas... » Tu t'approches de ma porte; tu écoutes;

tu regardes par la serrure : ma lampe me dénonce. Tu reviens vers la meute; tu dois leur

souffler : « Il veille encore, il vous écoute... »

(...)

Plan du document

I. Une lettre de provocation, de haine

A/ Narguer le destinataire

B/ Plaisir de torturer

II. Tableau sinistre des relations familiales

A/ ...

B/ ...

C/ ...

III. Un n...

A/...

B/...

C/ ...

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