LACLOS, Les Liaisons dangereuses, L.4

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LACLOS, Les Liaisons Dangereuses, 1782

Lettre 4

Du Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil

Vos ordres sont charmants ; votre façon de les donner est plus aimable encore ; vous

feriez chérir le despotisme. Ce n’est pas la première fois, comme vous savez, que je

regrette de ne plus être votre esclave ; & tout monstre que vous dites que je suis, je ne

me rappelle jamais sans plaisir le temps où vous m’honoriez de noms plus doux. Souvent

même je désire de les mériter de nouveau, & de finir par donner avec vous, un exemple

de constance au monde. Mais de plus grands intérêts nous appellent ; conquérir est

notre destin ; il faut le suivre : peut-être au bout de la carrière nous rencontrerons-nous

encore ; car, soit dit sans vous fâcher, ma très belle marquise, vous me suivez au moins

d’un pas égal ; & depuis que, nous séparant pour le bonheur du monde, nous prêchons la

foi chacun de notre côté, il me semble que dans cette mission d’amour, vous avez fait

plus de prosélytes que moi. Je connais votre zèle, votre ardente ferveur ; & si ce Dieu-là

comme l’autre nous juge sur nos oeuvres, vous serez un jour la patronne de quelque

grande ville, tandis que votre ami sera au plus un saint de village. Ce langage vous

étonne, n’est-il pas vrai ? Mais depuis huit jours, je n’en entends, je n’en parle pas d’autre

; & c’est pour m’y perfectionner, que je me vois forcé de vous désobéir.

Ne vous fâchez pas, & écoutez-moi. Dépositaire de tous les secrets de mon coeur, je vais

vous confier le plus grand projet qu’un conquérant ait jamais pu former. Que me

proposez-vous ? de séduire une jeune fille qui n’a rien vu, ne connaît rien ; qui, pour

ainsi dire, me serait livrée sans défense ; qu’un premier hommage ne manquera pas

d’enivrer, & que la curiosité mènera peut-être plus vite que l’amour. Vingt autres

peuvent y réussir comme moi. Il n’en est pas ainsi de l’entreprise qui m’occupe ; son

succès m’assure autant de gloire que de plaisir. L’amour qui prépare ma couronne,

hésite lui-même entre le myrte & le laurier, ou plutôt il les réunira pour honorer mon

triomphe. Vous-même, ma belle amie, vous serez saisie d’un saint respect, & vous direz

avec enthousiasme : « Voilà l’homme selon mon coeur. »

Vous connaissez la présidente Tourvel, sa dévotion, son amour conjugal, ses principes

austères.

(...)

Plan du document

I. Autoportrait d'un libertin

A/ Apologie du plaisir

B/ Mépris des femmes

C/ Mépris de la religion

II. Dévoilement de ses projets

A/ ...

B/ ...

C/ ...

III. L'él...

A/ ...

B/ ...

C/ ...

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