Henry de Montherlant, La Reine morte

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Henry de Montherlant, La Reine morte

[Le vieux roi du Portugal, Ferrante, a décidé de marier son fils, le prince Don Pedro, à l'Infante d'Espagne. Ce dernier révèle à l'infante qu'il est amoureux d'une autre femme ; elle se sent insultée. Le roi convoque son fils.]

FERRANTE – L'infante m'a fait part des propos monstrueux que vous lui avez tenus. Maintenant, écoutez-moi. Je suis las de mon trône, de ma cour, de mon peuple. Mais il y a aussi quelqu’un dont je suis particulièrement las, Pedro, c’est vous. Bébé, je l’avoue, vous ne me reteniez guère. Puis, de cinq à treize ans, je vous ai tendrement aimé. La reine, vote mère, est morte bien jeune. Votre frère aîné allait tourner à l’hébétude, et rentrer dans les ordres. Vous me restiez seul. Treize ans a été l’année de votre grande gloire ; vous avez eu à treize ans une grâce, une gentillesse, une finesse, une intelligence que vous n’avez jamais retrouvée depuis ; c’était le dernier et merveilleux rayon du soleil qui se couche ; seulement on sait que, dans douze heures, le soleil réapparaîtra, tandis que le génie de l’enfance, quand il s’éteint, c’est à tout jamais. On dit toujours que c’est d’un ver que sort le papillon ; chez l’homme, c’est un papillon qui devient un ver. A quatorze ans vous étiez éteint ; vous étiez devenu médiocre et grossier. Avant, Dieu me pardonne, par moments j’étais presque jaloux de votre gouverneur ; jaloux de vous voir prendre au sérieux ce que vous disait cette vielle bête de don Christoval plus que ce que je vous disais moi-même. Je songeais aussi : « A cause des affaires de l’Etat, il me faut perdre mon enfant : je n’ai pas le temps de m’occuper de lui. » A partir de quatorze ans, j’ai été bien content que votre gouverneur me débarrassât de vous. Je ne vous ai plus recherché, je vous ai fui. Vous avez aujourd’hui vingt-six ans : il y a treize ans que je n’ai plus rien à vous dire.

PEDRO – Mon père...

FERRANTE –« Mon père » : durant toute ma jeunesse, ces mots me faisaient vibrer. Il me semblait – en dehors de toute idée politique – qu’avoir un fils devait être quelque chose d’immense... Mais regardez-moi donc ! Vos yeux fuient sans cesse pour me cacher tout ce qu’il y a en vous qui ne m’aime pas.

PEDRO – Ils fuient pour vous cacher la peine que vous me faites. Vous savez bien que je vous aime. Mais, ce que vous me reprochez, c’est de ne pas avoir votre caractère. Est-ce ma faute si je ne suis pas vous ? Jamais, depuis combien d’années, jamais vous ne vous êtes intéressé à ce qui m’intéresse. Vous ne l’avez même pas feint. Si, une fois... Quand vous aviez votre fièvre tierce, et croyiez que vous alliez mourir ; tandis que je vous disais quelques mots auprès de votre lit, vous m'avez demandé : « Et les loups, en êtes-vous content ? ».

(...)

Plan du document

  1. Une scène de conflit
    1. Des rancoeurs anciennes
    2. Des torts partagés
    3. Un père & roi exigent
  2. Une c...
    1. ....
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  3. Des....
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