Émile Verhaeren, « L’âme de la ville »

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Émile Verhaeren, « L’âme de la ville »

vers 1 à 33, (Les Villes tentaculaires, 1895).

L’âme de la ville

Les toits semblent perdus
Et les clochers et les pignons fondus,

Par ces matins fuligineux1 et rouges,

Où, feux à feux, des signaux bougent.

Une courbe de viaduc énorme
Longe les quais mornes et uniformes ;

Un train s’ébranle immense et las.

Au loin, derrière un mur, là-bas,
Un steamer2 rauque avec un bruit de corne.

Et par les quais uniformes et mornes,
Et par les ponts et par les rues,
Se bousculent, en leurs cohues,
Sur des écrans de brumes crues,
Des ombres et des ombres.

Un air de soufre et de naphte3 s’exhale,

Un soleil trouble et monstrueux s’étale ;

L’esprit soudainement s’effare
Vers l’impossible et le bizarre ;

Crime ou vertu, voit-il encor
Ce qui se meut en ces décors,
Où, devant lui, sur les places, s’élève

Le dressement tout en brouillards

D’un pilier d’or ou d’un fronton blafard4
Pour il ne sait quel géant rêve ?

Ô les siècles et les siècles sur cette ville,

Grande de son passé
Sans cesse ardent — et traversé,

Comme à cette heure, de fantômes !

Ô les siècles et les siècles sur elle,
Avec leur vie immense et criminelle

Battant — depuis quels temps ? — Chaque demeure et chaque pierre
De désirs fous et de colères carnassières !

------
1. Fuligineux : avec un brouillard sombre.
2. Steamer : bateau à vapeur.
3. Naphte : goudron.
4. Fronton blafard : sommet d’un bâtiment de couleur pâle.

Plan du document

  1. Une ville moderne
    1. Cadre spatial
    2. Un narrateur noble
  2. Une vision inquiétante
    1. ....
    2. ....
    3. ....
  3. Une....
    1. ....
    2. ....

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